Voitures trop chères : les patrons de Renault et Stellantis veulent une simplification drastique des réglementations
Dans un entretien au « Figaro », les patrons de Stellantis et Renault alertent sur l’état du marché européen. Ils demandent une simplification radicale et rapide des réglementations, pour pouvoir à nouveau proposer des voitures populaires.

John Elkann, le patron de Stellantis (Peugeot, Citroën, DS, Fiat, Opel…) et Luca de Meo, le patron du groupe Renault tirent de concert, dans un entretien au Figaro, la sonnette d’alarme sur le marché automobile européen. En chute depuis maintenant près de cinq ans, c’est « le seul des grands marchés qui n’a pas retrouvé son niveau d’avant Covid », constate le patron de Stellantis.
Selon lui, il s’est vendu 15 millions de véhicules en Europe (dans les 27 États membres, au Royaume-Uni et en Suisse) l’an dernier, contre 18 millions en 2019. « Au rythme actuel, le marché pourrait être plus que divisé par deux en l’espace d’une décennie » s’alarme Luca de Meo.
« Plus complexes, plus lourdes, plus chères »
Face à ces feux de détresse allumés, les deux patrons, qui pèsent à eux deux près de 30 % des ventes en Europe, demandent en quelque sorte de revenir aux sources pour pouvoir proposer des voitures populaires accessibles au plus grand nombre. Selon Luca de Meo, « les règles européennes font que nos voitures sont toujours plus complexes, toujours plus lourdes, toujours plus chères et que les gens, pour la plupart, ne peuvent tout simplement plus se les payer ».
Et les chiffres sont édifiants : « Entre 2015 et 2030, le coût d’une Clio aura augmenté de 40 %. Cette augmentation est à 92,5 % attribuable à la réglementation », affirme le patron de Renault. En Italie, dans les années 1980, les petites citadines de moins de 4 m représentaient les trois quarts du marché. Désormais, en Europe, cette part est tombée de 50 % à 5 %.
Une réglementation différenciée
Pour relancer ce marché de la petite voiture notamment en France, en Italie ou en Espagne où la demande potentielle est la plus forte, les deux patrons demandent « une réglementation différenciée pour les petites voitures ». Selon Luca de Meo, « les règles européennes ont été conçues pour les voitures plus grosses et plus chères, ce qui ne nous permet pas de faire des petites voitures dans des conditions acceptables de rentabilité ».
D’après lui, le surcoût est le même sur une petite voiture que sur une grosse berline, ce qui grignote une bonne partie de la marge de la petite voiture. Et de citer en vrac un empilement de normes comme l’obligation de mettre dans les petites voitures une assistance pour le non-franchissement de lignes, alors que ces voitures effectuent 95 % des trajets en ville. Ou encore, les normes sur la sécurité des chocs piétons. On pourrait aussi citer certaines normes anti pollution à installer à la sortie des moteurs thermiques, qui coûtent pratiquement autant à la sortie d’usine pour une petite citadine que pour une grosse berline.
Flambée du prix des voitures
C’est pourquoi Renault et Stellantis demandent d’urgence que le mot d’ordre de simplification annoncé par Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, soit effectivement mis en œuvre, ce qui n’est pas le cas actuellement. « Un quart de notre ingénierie est exclusivement consacré à la réglementation », souligne John Elkann. « Il y a cent nouvelles réglementations qui vont s’appliquer d’ici 2030. Elles renchériront encore le prix de nos voitures de 40 % », surenchérit Luca de Meo.
Selon eux, trois objectifs doivent être poursuivis. « Un, la réglementation ne doit désormais porter que sur les nouveaux modèles, pas les anciens ; deux, faites-nous des règles par « paquets », plutôt qu’une tous les mois ; et trois, il nous faut un guichet unique à la Commission. Aujourd’hui, il doit y avoir au moins cinq directions générales qui s’occupent d’automobile, et parfois elles ont des stratégies contradictoires ».
« L’Europe a cru que la voiture électrique serait la solution miracle »
À demi-mot, les deux patrons soulignent que « l’Union européenne s’est focalisée, dans sa légitime ambition environnementale, sur le seul sujet des voitures neuves, et sur la seule cible des véhicules zéro émission. Mais ce qui est important pour notre environnement, c’est de remplacer les 250 millions de voitures en circulation qui sont polluantes et dont la moyenne d’âge ne cesse d’augmenter. Elle est de 12 ans en Europe », ajoute John Elkann en lâchant : « L’Europe a cru, à tort, que la voiture électrique serait à elle seule la solution miracle ».
Selon les patrons de Renault et de Stellantis, il existe actuellement des solutions technologiques pour réduire les émissions polluantes. Luca de Meo s’agace même de l’alternative dans laquelle on veut souvent enfermer le débat. « Ce n’est pas pour ou contre l’électrique. Il faut rouvrir le champ des possibles, affirme-t-il en estimant que les constructeurs sont capables d’offrir une gamme différenciée de tout électrique au thermique de nouvelle génération. Et de prévenir : « Remplacer la totalité des volumes actuels par de l’électrique, dans ces conditions, nous n’y arriverons pas ».
D’autant que Le patron de Stellantis constate que le reste du monde bouge vite ces derniers temps. « En Chine, aux États-Unis et dans les pays émergents, ils construisent des politiques industrielles fortes. En Europe, nous discutons avec des États qui ont malheureusement peu de marge de manœuvre, et une Commission européenne qui a peu de capacité à faire ». Selon Luca de Meo, « tous les pays dans le monde qui ont une industrie automobile s’organisent pour protéger leur marché. Sauf l’Europe ».








