Nissan-Honda : projet de fusion quasi abandonné, en attente d’une officialisation

Les deux constructeurs japonais n’ont pas réussi à définir les modalités de leur rapprochement annoncé en décembre. Le conseil d’administration de Nissan s’est prononcé pour l’abandon du projet de rapprochement avec son compatriote Honda,

Les fiançailles annoncées en décembre entre Nissan et Honda n'ont pas survécu aux problèmes à la fois financiers et industriels. REUTERS/Kim Kyung-Hoon
Les fiançailles annoncées en décembre entre Nissan et Honda n'ont pas survécu aux problèmes à la fois financiers et industriels. REUTERS/Kim Kyung-Hoon

    Le 23 décembre, Toshihiro Mibe, le PDG de Honda, et Makoto Uchida, son homologue chez Nissan, avaient signé, devant les caméras, un accord de principe formel (« Memorandum of understanding ou MOU ») prévoyant le regroupement, d’ici 2026, de leurs activités, au sein d’un holding conjoint. Ils avaient même proposé à Mitsubishi Motors, dont Nissan détient toujours 24 %, de se joindre à ce projet qui aurait pu donner naissance au troisième plus grand constructeur de la planète.

    Mais après l’annonce de ces fiançailles, quand les dirigeants se sont mis autour de la table, ils se sont retrouvés face à une accumulation de problèmes à la fois financiers et industriels. Selon le quotidien financier Nikkei, le constructeur automobile japonais Nissan avait rapidement décidé de mettre fin aux négociations. Ce jeudi, son conseil d’administration s’est prononcé pour l’abandon du projet de rapprochement avec son compatriote Honda. La décision finale est maintenant entre les mains des dirigeants des deux constructeurs.

    En effet, très rapidement, c’est la valorisation des entreprises qui a posé question. Même si les deux constructeurs vendent peu ou prou, le même nombre de véhicules, Honda pèse près de 47 milliards d’euros en raison de son activité dans le deux-roues qui lui rapporte près de 40 % de ses profits. À l’inverse, Nissan pèse un peu moins de 10 milliards d’euros. « Les deux entreprises avaient discuté d’une structure de holding, mais n’ont pas pu se mettre d’accord sur des conditions telles que le ratio d’intégration », a indiqué le Nikkei. En d’autres termes, Honda voulait prendre le contrôle et de faire de Nissan, une filiale, et aurait proposé un prix de rachat très inférieur à ce qui avait été évoqué jusqu’ici. Renault, qui détient toujours 35,7 % de Nissan aurait alerté, selon une information des Échos, qu’il était prêt à bloquer l’opération si elle venait à être jugée trop défavorable pour Nissan. Au départ, pourtant, Renault était favorable à ce rapprochement entre Honda et Nissan qui sur le papier lui aurait permis de récupérer du cash en vendant une partie de ses participations.

    Dans ces conditions, Nissan comme Mitsubishi craignaient une dissolution de leur marque et de leur pouvoir ce qui provoquait déjà des réticences dans leurs équipes. Fin janvier, selon les médias nippons, Mitsubishi avait déjà signifié qu’il se retirait du projet.

    Des problèmes industriels

    Globalement, Honda et Nissan sont sur les mêmes marchés et sur les mêmes produits. Ce rapprochement aurait très vite fait surgir des problèmes de surcapacité dans les usines, des doublons sur les marchés… Un point qui dès le départ avait été soulevé par les investisseurs. En principe, pour que les alliances soient réussies, il faut que les deux entreprises soient complémentaires ou ne partagent pas les mêmes marchés. C’est ce qui s’est produit pendant un temps avec l’alliance Renault Nissan. L’intérêt du rapprochement entre Honda et Nissan aurait été de mettre le paquet pour rattraper le retard pris sur les véhicules électriques alors que la concurrence chinoise prend de plus en plus d’avance.

    Même Carlos Ghosn, l’ancien patron de Nissan, avait douté de ce projet. « Franchement, je me demande comment cela va fonctionner », avait déclaré aux journalistes à Tokyo par liaison vidéo le septuagénaire franco-libano-brésilien, en fuite au Liban. « Il n’y a pas de complémentarité » entre Nissan et Honda, dont les forces et les faiblesses se situent dans les mêmes domaines. « D’un point de vue industriel, il y a des doublons partout. Donc cela n’a donc pas de sens pour moi », avait-il cinglé. Bien que les deux entreprises puissent être en mesure de « trouver des synergies pour l’avenir, je ne vois rien d’évident dans ce partenariat ou cette alliance ».

    Déjà les marchés financiers ont intégré les conséquences de l’échec de ce rapprochement. Sur la place de Tokyo, le titre de Honda s’envolait, juste avant la fermeture, à plus de 8 %. En revanche, l’action de Nissan chutait de près de 5 %. Aujourd’hui Nissan est fortement endetté, il a essuyé sur la période de juillet à septembre une perte inattendue et sa marge opérationnelle a quasiment fondu et ses ventes en Chine et aux États-Unis sont en chute libre. Sous pression, le constructeur a annoncé supprimer 9 000 postes dans ses effectifs mondiaux et tailler dans ses capacités. Pour sa survie, Nissan va devoir partir en quête partenaire pour avoir des capitaux frais et pour accélérer sa restructuration. Selon les rumeurs, le nom du taïwanais Foxconn est déjà murmuré.