Automobile : Honda envisage une fusion avec son rival en difficulté Nissan, l’électrique dans le viseur
Les deux entreprises sont deuxième et troisième constructeur automobile au Japon, juste derrière Toyota. Mais Nissan est en difficulté et a annoncé la suppression de plusieurs milliers de postes. L’ex-patron de Nissan, Carlos Ghosn, a estimé que le groupe se trouve « en mode panique, suppliant son ennemi de toujours » Honda.

De quoi concurrencer leurs rivaux. Le géant japonais de l’automobile Honda a indiqué mercredi explorer la possibilité d’une fusion avec son compatriote en difficulté Nissan. Un rapprochement qui pourrait leur permettre de mieux affronter Tesla et leurs rivaux chinois dans l’électrique.
Déjà associés dans un « partenariat stratégique », les deux constructeurs nippons vont entamer des pourparlers en vue de se réunir sous la houlette d’une société « holding unique », à l’horizon de juin 2025. Ils signeront bientôt un protocole d’accord, a rapporté le quotidien économique Nikkei.
« Comme nous l’avions annoncé en mars et août, nous discutons de possibilités de coopérations dans de nombreux domaines » et une éventuelle fusion « figure parmi les possibilités », a réagi un porte-parole de Honda auprès de l’AFP. « Mais rien n’est décidé », a-t-il insisté. « Honda et Nissan explorent diverses possibilités de collaboration, pour tirer parti de leurs forces respectives », a simplement réagi Nissan.
« Pas de sens » pour Carlos Ghosn
Carlos Ghosn, l’ex-patron déchu de Nissan, a déclaré lundi que le constructeur automobile japonais en difficulté était en « mode panique, suppliant son ennemi de toujours » Honda ». « Franchement, je me demande comment cela va fonctionner », a déclaré aux journalistes à Tokyo par liaison vidéo le septuagénaire franco-libano-brésilien, en fuite au Liban. Il s’est dit « pas absolument convaincu que (Nissan) dispose des talents nécessaires pour relever les défis auquel il est confronté ».
Il a également dit avoir été « surpris » par la nouvelle de ce rapprochement car « il n’y a pas de complémentarité » entre Nissan et Honda, dont les forces et les faiblesses se situent dans les mêmes domaines. « D’un point de vue industriel, il y a des doublons partout. Donc cela n’a donc pas de sens pour moi », a-t-il cinglé. Bien que les deux entreprises puissent être en mesure de « trouver des synergies pour l’avenir, je ne vois rien d’évident dans ce partenariat ou cette alliance ».
Honda et Nissan sont respectivement deuxième et troisième constructeur automobile japonais derrière Toyota. Ils envisagent d’inclure Mitsubishi Motors - dont Nissan est le principal actionnaire - au sein de la holding, pour donner naissance à l’un des plus gros groupes automobiles au monde derrière leur compatriote Toyota et l’allemand Volkswagen, précise le Nikkei.
À eux trois, ils cumulent 4 millions de véhicules vendus au premier semestre, ce qui reste très en deçà des 5,16 millions écoulés par Toyota, numéro un mondial. Le « principal objet » des pourparlers est entre Nissan et Honda, l’implication de Mitsubishi se situant « à un niveau différent », a tempéré le porte-parole de Honda.
Nissan en difficulté
Ce projet de fusion, s’il se confirme, intervient à l’heure où tous les constructeurs nippons cherchent à se renforcer rapidement dans l’électrique - marché dont le décollage mondial, surtout en Chine et en Europe, les a pris de vitesse.
Il survient également alors que Nissan connaît de profondes difficultés : le groupe a annoncé début novembre qu’il allait supprimer 9 000 postes dans ses effectifs mondiaux et tailler dans ses capacités de production pour s’adapter à une nette dégradation de ses ventes.
Le groupe est en fort repli sur ses marchés phares, aux États-Unis et surtout en Chine, où ses ventes se sont effondrées de 13 % sur juillet-septembre face à la concurrence acérée des marques chinoises sur l’électrique. Honda, pour sa part, faute de taille critique, peine à développer les technologies pour l’électrification.
Au Japon, même si la vague électrique y est plus faible qu’ailleurs, le marché historiquement dominé par les marques locales est désormais ébranlé par l’américain Tesla, l’arrivée du champion chinois de l’électrique BYD et le retour du sud-coréen Hyundai, là aussi avec des véhicules électrifiés.
Le titre Nissan a été momentanément suspendu mercredi à la Bourse de Tokyo avant de s’envoler : il grimpait de 23,69 % vers 04h15 GMT, atteignant le plafond maximal. À la même heure, Mitsubishi grimpait de 19,64 % et Honda reculait de 2,80 %.








