240 000 voitures immobilisées pour des airbags défectueux : les explications du patron de Citröen
EXCLUSIF. Thierry Koskas, directeur général de Citroën, annonce au Parisien que les véhicules équipés d’airbags Takata et situés au nord d’une ligne Clermont-Ferrand - Lyon, qui font l’objet d’une campagne de rappel depuis janvier, ne doivent absolument plus être utilisés. Leurs propriétaires n’ont pas encore été informés.

Responsable, aujourd’hui… ou léger, à l’époque ? Deux façons de voir les choses. Citroën qui, en mai dernier, annonçait le rappel « stop-drive » (avec injonction de ne plus utiliser le véhicule) de 247 000 Citroën C3 et DS3 (DS Automobiles) situées en France au sud d’une ligne Clermont-Ferrand - Lyon, garantissait, à l’époque, que les propriétaires situés au nord de cette ligne n’avaient rien à craindre.
Mais aujourd’hui, changement de ton. Thierry Koskas, le directeur général de Citroën (groupe Stellantis), annonce au Parisien que le rappel standard lancé début 2025 pour le nord de cette ligne, est finalement assorti d’un « stop-drive » : près de 240 000 C3 et DS3 doivent être mises à l’arrêt en attendant que leur airbag défectueux soit remplacé. Les propriétaires, qui doivent immédiatement cesser d’utiliser leur voiture, dangereuse pour leur vie, n’ont pas encore été avertis. Ils devraient recevoir un courrier très prochainement.
Les décès liés aux airbags Takata se poursuivent… Fin janvier, un conducteur est mort au volant d’une Honda Jazz à La Réunion. Êtes-vous inquiet ?
THIERRY KOSKAS. Je suis toujours désolé chaque fois qu’un accident de ce type se produit et je tiens à exprimer ma sympathie aux proches de la victime. Chez Citroën, nous privilégions la sécurité de nos clients et nous prenons nos responsabilités. Nous sommes lancés dans une campagne de remplacement des airbags Takata et nous effectuons, à cette occasion, un certain nombre de prélèvements. Nous en faisons exploser certains. Nous analysons la cartouche de gaz sur d’autres, pour mesurer son état de dégradation. L’un de ces tests a montré, sur une DS3 immatriculée en 2013, dans la région de Nantes — donc au-dessus de la fameuse ligne Clermont-Ferrand - Lyon — une dégradation accélérée. Nous avons donc pris la décision de transformer la campagne de rappel actuelle dans le nord de la France en une campagne « stop-drive » pour toutes les Citroën C3 et DS3 immatriculées entre 2008 et 2013.
Combien de voitures sont concernées ?
Cette campagne « stop-drive » concerne 250 000 voitures (70 000 immatriculées entre 2008 et 2010 et 180 000 immatriculées entre 2011 et 2013), dont près de 10 000 ont déjà été réparées. Il s’agit de Citroën C3 et de DS3 qui seront prises en charge dans notre réseau.
Vous assuriez pourtant, il y a encore peu de temps, qu’au nord de cette ligne Clermont-Ferrand Lyon, le risque n’existait pas. Avez-vous mis en danger des clients ?
Depuis 2016, nous surveillons les airbags Takata via des prélèvements. Lorsque nous avons pris la décision, en mai dernier, de rappeler les voitures au sud de la ligne Clermont-Ferrand - Lyon, cela correspondait à notre état de connaissance à un instant donné. Nous n’aurions jamais proposé cette démarcation géographique si nous avions eu le moindre doute au moment où nous avons pris cette décision. Plus de 1 000 airbags au nord de la France ont fait l’objet d’une analyse approfondie depuis… Ce qui est important, c’est que nous n’avons pas attendu d’avoir 10 airbags suspects pour prendre cette décision de « stop-drive » sur les voitures du nord du pays. Il en a suffi d’un seul.

Les autres C3 et DS3 post 2013 au nord de l’Hexagone, elles, font toujours l’objet d’un rappel, mais sans stop-drive ?
Absolument. Aucun risque spécifique identifié après 2013 ne justifie cette mesure, mais elles sont cependant sous surveillance.
Votre annonce tombe au début des vacances scolaires. Quid d’une famille qui s’apprêtait à prendre la route, et apprend subitement qu’elle ne peut plus prendre son véhicule ?
Contrairement à la campagne « stop-drive » dans le sud de la France, délicate à mettre en place faute d’airbags de remplacement disponibles, nous disposons aujourd’hui d’un stock de 40 000 airbags. Chez un concessionnaire, vous obtenez ainsi rendez-vous, en moyenne, en cinq jours. Dans le Nord, les choses vont ainsi se passer beaucoup plus facilement. Les concessionnaires vont pouvoir prêter directement, dès aujourd’hui, l’ensemble des voitures chez eux, qu’il s’agisse de voitures courtoisie, mais également des modèles d’occasion de leur parc. Je pense que la campagne « stop-drive » du nord de la France pourra être effectuée en deux mois. Vous parlez des vacances de février et vous avez raison, mais la plupart des clients auront leur voiture pour les ponts du mois de mai, et tous pour les vacances d’été.

Quel coût les campagnes de rappels Takata ont-elles représenté pour Citroën depuis le début ?
Stellantis, notre maison-mère, a provisionné 940 millions d’euros pour le rappel de l’ensemble des 9 millions de véhicules concernés.
Trente marques, au total, sont concernées par l’affaire « Takata ». Avez-vous l’impression de cristalliser sur vous les critiques, alors que vous n’êtes pas tout seul ?
C’est clairement une affaire globale. La raison majeure qui explique ce coup de projecteur sur Citroën, c’est notre décision d’une mesure de « stop-drive », pour protéger nos clients. Oui, nous sommes en première ligne, mais l’entreprise Citroën montre qu’elle prend les mesures nécessaires même si celles-ci ne sont pas populaires. À l’instant T, c’est difficile, mais sur le moyen terme, cette attention portée à la sécurité sera reconnue.
À titre personnel, comme patron de Citroën, êtes-vous éprouvé ?
C’est dur, je ne peux pas le cacher. Je porte le poids de cette crise. Mais je ne me cache pas et j’explique, c’est mon devoir en tant que patron de la marque.
La réputation de Citroën est dégradée. L’image de marque sera-t-elle longue à rétablir ?
Nous subissons cette campagne de rappel, forcément négative. Mais les clients font la part de choses. Ils comprennent qu’il ne s’agit pas d’un problème Citroën, mais Takata. La meilleure illustration en est qu’au mois de janvier, notre nouvelle C3 était le véhicule le plus vendu aux particuliers en France, avec plus de 6 000 immatriculations.








